Union Nationale des Syndromes d’Ehlers-Danlos

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La démarche de prévention suppose une action d’anticipation, sinon de prédiction.
Compte tenu des ressemblances familiales pour de nombreux traits, elle peut être tentée de s’appuyer sur les outils de la génétique.
Depuis les dix ou vingt dernières années, cette possibilité a connu une véritable révolution, stimulée par le séquençage du génome humain, par l’accumulation de nombreuses connaissances génétiques, et par la possibilité nouvelle d'interroger le génome humain au moyen d’outils de plus en plus perfectionnés.
Certains grands laboratoires disposent d’un accès à des puces permettant d'identifier pour chacun d'entre nous des millions de polymorphismes communs dans la population humaine.
Ces polymorphismes peuvent être des polymorphismes ponctuels ou des polymorphismes de longueur, et également des variations, qui sont des séquences codantes, voire des variations épigénétiques.
L’accès au génome humain devient ainsi non seulement un outil diagnostique de pathologies rares, mais aussi un nouvel outil de prédiction pour des maladies plus communes.

2- Connaitre ses propres gènes est une démarche souvent vécue comme très attirante, assimilée à un accès à une information « invariante » cachée au plus profond de soi ; invariante, c’est-à-dire fixe tout au long de sa vie et donc opposée à des facteurs de risques variables (comme le niveau de pression artérielle et le taux de cholestérol) ou soumis à l’environnement et à des choix de vie (comme la consommation de tabac).
Attirante encore, car procédant pour le médecin d’une prescription sophistiquée (activité nouvelle et savante), relevant pour l’individu d’une quête de soi, et enfin, pour l’opinion courante, de la recherche d’une forme de « vérité » qui serait inscrite au plus profond de nos gènes.
N’a-t-on pas déjà entendu que le génome serait une sorte de « bible » des temps modernes ?

    1 Site 23 andMe consulté en décembre 2011.

3- Cet attrait se traduit, par exemple, par le développement de l’offre des autotests génétiques sur Internet. Des tests de paternité sont désormais accessibles pour moins de 100 dollars et actuellement environ 300 000 seraient pratiqués chaque année aux États-Unis.
Sachant que probablement environ 30% de ces tests confirment une vraisemblable fausse paternité, on peut s’interroger sur les conséquences sociales de ces pratiques lorsqu’elles ne sont pas correctement encadrées. Toujours en suivant l’offre disponible en ligne1, on se voit proposer de connaitre ses « ancêtres » par la génétique avec ce slogan : Revolutionary tools to complete your ancestry with your DNA (des outils révolutionnaires pour compléter votre généalogie grâce à votre ADN).
Suivant son profil de variations génétiques, on peut avoir des informations sur ses origines (par exemple, issues d'Europe du nord, du Sud, ou appartenant à une ethnie particulière).
Mieux, Internet vous propose d’avoir des « amis » sur Internet via la génétique ; ainsi le site deCODEme peut relier des personnes (frère, sœur, etc.), et même comparer les polymorphismes ou les variations génétiques de public friends célèbres (comme Karl Stefansson, Craig Venter et même James Watson !) avec celui de l’internaute testé.
Bien sûr, ces aspects ludiques de génétique récréative n’entrent pas dans un cadre scientifique médical, mais ils méritent d’être cités ici puisqu’ils reflètent des pratiques consuméristes en matière de santé.
Sur Internet on trouve des offres d’analyse du génome pour établir des profils de risque personnalisés, par exemple concernant le diabète, les cancers ou les maladies cardiovasculaires.
Il est nécessaire de se poser la question de leur pertinence.
La prédisposition aux maladies

4- Du point de vue génétique, la prédisposition à une maladie relève de stratégies différentes suivant le type d’affection considéré : maladies mendéliennes, rares et sévères ; maladies communes à hérédité forte ; maladies communes à hérédité multifactorielles.

5- Les maladies dites mendéliennes sont liées à des mutations sur un gène unique, le plus souvent dans le cadre de pathologies rares et sévères qui peuvent être de transmission autosomique dominante, récessive, ou liée aux chromosomes sexuels.
C’est le cas des myopathies, de la mucoviscidose ou des hémophilies, pour ne citer que les exemples les plus connus.
Ces affections sont bien connues des pédiatres, qui comptent parmi les fondateurs de la génétique, notamment en France. Ces maladies sont qualifiées de rares ; mais, compte tenu du fait qu’il existe des milliers de maladies rares, on trouve dans la population des millions de personnes atteintes.
Une approche populationnelle est donc pertinente.

6- Pour le deuxième groupe, celui des maladies à hérédité forte, on évoque l’existence d’un facteur de susceptibilité : la présence de la mutation ou de variations génétiques moins rares entraine une susceptibilité à développer la maladie, mais sans nécessairement la voir apparaitre ; c'est un lien assez net avec les maladies mendéliennes.
Pour le troisième groupe, celui des maladies dites communes à hérédité multifactorielles, il en va autrement : le profil génétique passe par des dizaines ou des centaines de variations pouvant chacune avoir un effet faible mais qui, combinées l'une à l'autre, sous l’influence de l'environnement, ou combinées à des facteurs encore inconnus, font en sorte que telle personne se trouve un peu plus à risque qu’une autre de développer ici un diabète, ailleurs une maladie coronaire ou un asthme.
On comprend alors que, suivant le type d’affection considéré, les outils génétiques peuvent être de pertinence très hétérogène dans les calculs de risque.

7- Dans le cas d’une maladie mendélienne avec hérédité forte, la recherche génétique est encadrée par la loi de façon stricte.
La possibilité de faire des analyses ciblées sur une transmission de maladie n’est autorisée qu’après avoir reçu les personnes en consultation, généralement multidisciplinaire.
Le conseil génétique est remboursé par la collectivité et on fait en sorte que le test ne soit proposé que si son résultat induit a priori une modification de prise en charge dans un sens bénéfique.
A contrario, la recherche en contexte de maladies multifactorielles à hérédité complexe est pratiquée de façon non encadrée via Internet, avec des tests non pris en charge par la collectivité et de fiabilité inconnue.
Le syndrome d’Ehlers Danlos, exemple de maladie rare

    2 K.T. Ong et al., « Effect of celiprolol on prevention of cardiovascular events in vascular Ehlers-D (...)

8- Le syndrome d’Ehlers Danlos vasculaire est une maladie rare à transmission autosomique touchant le gène du collagène III ; on compte un cas pour 200 000 personnes.
Les personnes atteintes ont une mutation sur un gène (le procollagène III, qui est responsable de la triple hélice de collagène) avec pour conséquences des vaisseaux anormalement fragiles (diminution de la résistance au stress mécanique).
Leurs artères développent des anévrismes ou des dissections (rupture) ; le tube digestif (colon sigmoïde) ou l’utérus peuvent également être touchés.
La transmission se fait sur un mode vertical (transmission autosomique dominante) ; les sujets qui ont la mutation vont développer la maladie.
Cette affection est sévère avec un âge moyen de 1ère complication se situant à 27 ans ; la médiane de survie est de 48 ans ; on considère qu’à l'âge de 50-60 ans la grande majorité des patients ont présenté au moins une complication.
Les tests génétiques permettent de reconnaitre cette maladie souvent méconnue et donnent des indications sur sa sévérité, l'atteinte pouvant être en partie reliée au niveau génétique.
Dans ce cas, la génétique permet l’identification de la mutation, donc la certitude diagnostique et la prise en charge adaptée.
Elle permet aussi la recherche de la mutation familiale chez des apparentés symptomatiques ou asymptomatiques dans le cadre du conseil génétique familial.
Parmi les mesures de prise en charge, citons ici les possibilités nouvelles offertes par un traitement bêtabloquant qui, au regard des premières évaluations, semble bénéfiques2.


Pour citer cet article
Référence électronique

Auteur : Xavier Jeunemaitre,
« Génétique et prévention personnalisée », in Pierre Corvol (dir.),
La prévention du risque en médecine, Paris, Collège de France (« Conférences »), 2012,
Mis en ligne le 09 octobre 2012,
Consulté le 17 octobre 2012.
URL : http://conferences-cdf.revues.org/524

Xavier Jeunemaitre
Département de génétique de l’hôpital Georges-Pompidou et unité Inserm 772
« Gènes et pression artérielle »,
Paris
Droits d’auteur

© Collège de France

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